Civilization 4 testé par Jean-Claude Dusse


Dossier réalisé par : ARRG    (01/12/2005)

Il est beau il est chaud et en 3D, voila la quatrième cuvée de Sid Meier’s Civilization. Quel stratège ne connaît pas aujourd’hui la série colossale des Civilization ? Que ceux qui ont répondu oui se flagellent. Mais 12 ans après le premier opus (et 3 ans depuis le troisième), n’y a-t-il pas redite ? Et surtout, la série arrivera-t-elle enfin à dépasser ce qui reste pour moi, malgré son âge, (et malheureusement trop peu de gens le connaissent) le meilleur jeu du genre, j’ai nommé Alpha Centauri.


                



Au premier abord, M. Meier a bien réussi son coup. Rien de mieux pour vendre un nouveau jeu que de commencer par le renouveler graphiquement. Ainsi donc, Civilization 4 s’aventure dans le monde de la 3D. Outre l’aspect graphique assez joli mais sans plus, on peut craindre une perte de lisibilité. En effet le nombre de paramètres, d’unités et de ressources à l’écran étant souvent très élevé, une 3D fouilli aurait pu être un vrai désastre pour le gameplay.
Il n’en est rien puisque non seulement la lisibilité n’est pas plus mauvaise que dans les précédents opus, elle s’en trouve même potentiellement améliorée par l’utilisation du zoom. Et la c’est assez impressionnant; vous pouvez passer d’un niveau très éloigné (ou la surface visible couvrira plusieurs empires, mais ou seules les villes sont visibles) à un niveau suffisamment proche pour admirer votre ville bâtiment par bâtiment. En pratique le nombre de niveaux de zoom utiles est assez limité, mais c’est quand même sympathique.
Point noir en revanche, le moteur est tout de même assez gourmand. Je n’ai pas encore pu déterminer si il tirait sur la carte graphique ou sur le processeur, mais dans tous les cas n’espérez pas jouer avec du trop vieux matériel, surtout dans des parties épiques à plus de 15 joueurs.


                



Une fois le point graphique dépassé, quelles sont les vraies nouveautés ? L’une d’entre elles a fait beaucoup de bruit, il s’agit de la religion. (A noter, un paragraphe -ou plutôt un disclaimer- assez amusant dans le livret de règles afin de rester dans le politiquement correct)
Pour commencer, les religions sont au nombres de 7, chacune d’entre-elles doit être découverte (par l’acquisition d’une technologie particulière). Une fois une religion découverte, elle s’installe dans une ville et peut également se répandre aux villes voisines (naturellement ou par l’entremise de missionnaires). La religion apporte des bonus intéressants, notamment de culture et de bonheur. Mais son aspect le plus intéressant porte sur la diplomatie. En effet, les pays de même religion sont plus enclins aux alliances, mais à l’inverse il est plus aisé de conquérir une ville dont la religion correspond à votre religion d’état.
Et justement, avec ce nouvel opus la culture a encore pris de l’importance. Non seulement elle délimite les frontières, mais elle permet en plus la conquête « culturelle » des villes adverses. Ainsi convertir les villes et empires adverses est un bon moyen de se faire des amis, ou de se préparer à les conquérir.

Autre nouveauté, les personnages illustres. Ce sont des personnalités qui apparaissent dans vos villes lorsque vous avez amassé suffisamment de points de personnages illustres. Il en existe plusieurs types, tours permettent d’augmenter la production d’une ville de votre choix, d’autres peuvent faire progresser votre technologie, augmenter votre culture, ou fonder le lieu saint d’une religion.
Sans être trop puissants, ces personnages sont très intéressants et peuvent parfois retourner une situation de crise lorsqu’on a enfin réussi à accumuler les points nécessaires.


                



Cela m’amène à l’un des changement importants de cet opus : la spécialisation. En effet alors que Civilization 3 était un jeu de masse où pour gagner la clé consistait à faire de multiples villes et des armées de masse, ce quatrième opus prône la spécialisation. Tout d’abord la spécialisation des villes. Vos empires seront plus petits (ou moins denses), mais les villes deviennent facilement plus grandes et pleines d’infrastructures. Hors, de nombreux bâtiments poussent à la spécialisation et les petites merveilles (ou merveilles nationales) vont dans ce sens. Ces bâtiments ne peuvent être construits qu’une fois par pays et au maximum deux dans chaque ville. Ils offrent des bonus importants et spécialisés (recherche, culture, personnages illustres, etc…). Ils incitent fortement à spécialiser la ville dans un domaine.

Hors cette poussée à la spécialisation est aussi présente dans le système de guerre. En effet celui-ci a été totalement changé depuis l’épisode précédent. Celui-ci est bien plus clair et facile à appréhender. Chaque unité possède deux caractéristiques : les points de mouvements (ça n’a pas changé) et la force. Lorsque deux unités s’affrontent les chances de victoires sont proportionnelles à la force de chaque unité. Ainsi même un archer antique de base aurait une chance (négligeable) de vaincre un panzer. Ce n’est pas tout, chaque unité a des caractéristiques propres, plus efficaces en défense de ville, plus puissantes dans les forêts, etc… De même l’importance des engins de siège a été renforcée, en réalité il est très difficile de prendre une ville sans eux puisque les bonus de défense d’une ville peuvent parfois excéder les 100% si on ne les assiège pas d’abord.
Mais rien de très innovant là-dedans, non, la nouveauté vient du système d’expérience. Lorsqu’une unité accumule les victoires, vous avez le choix entre différents bonus. Ceux-ci donnant même accès lors de montées en niveau ultérieures à d’autres bonus encore plus efficaces. On notera par exemple les bonus tels qu’Infirmier, Pillard ou Blitz qui permettent dans l’ordre de se soigner plus vite, d’avoir des bonus lors d’attaques sur les villes ou de pouvoir attaquer plusieurs fois par tour.


                



Je parlais plus haut des villes, parlons maintenant des campagnes. Alors que la gestion du territoire était simple, voir simpliste dans les opus précédents elle a été énormément enrichie dans ce jeu (on atteindrait presque le niveau d’Alpha Centauri). Les options sont plus nombreuses, mais aussi plus effectives. De même, les travailleurs (si leur coût a été augmenté) sont plus rapides (ils ont deux points de mouvement au lieu d’un). De plus, les travailleurs ont une IA plus poussée, et vous ne serez plus forcément obligé de les materner. Enfin, la gestion des ressources spéciales (chevaux, fer, uranium et comédies musicales) a été rendue plus cohérente.

Ca en fait des points géniaux, et je n’ai pas encore parlé du système de santé (qui remplace très avantageusement les limites de population, tout en obligeant à un positionnement stratégique des villes), de l’arbre des technologies reconstitué, des dirigeants variables et de la gestion des doctrines à la Alpha Centauri. Encore un que je ne développerai pas, c’est les possibilités d’édition du jeu. En effet à l’instar d’Alpha Centauri (mais en plus évolué technologiquement) le jeu est presque totalement modifiable.


                



Parlons un peu de points qui fâchent plus.
Tout d’abord (et la c’est plus une question de point de vue), la quantité de micro-gestion a énormément diminuée. Alors qu’avant il était presque obligatoire de s’occuper avec minutie de chaque point du jeu, Civilization 4 permet de s’en libérer et c’est selon moi un point intéressant du jeu qui s’envole. Par exemple, lors d’émeutes votre ville continue à se comporter presque comme si il ne se passait rien, seul un petit malus est présent. De même les budgets sont moins serrés qu’auparavant. Je le redis, selon le niveau de jeu souhaité ou votre appréciation de ce genre de points, cela peut être un avantage.

Un point par contre qui est indiscutablement mauvais il me semble est la diplomatie. Bien qu’elle soit plus transparente que dans les opus précédents elle est devenue beaucoup moins claire. Il m’est arrivé plusieurs fois de me casser le nez en voulant faire des échanges sans vraiment comprendre pourquoi je ne pouvais faire ce que je voulais. De même il est maintenant obligatoire de signer un traité de libre passage (ou une déclaration de guerre, c’est selon) pour pouvoir s’aventurer en territoire adverse. Fini les coups fourbes.

Autre chose de déplaisant (surtout si vous êtes amateur d’Alpha Centauri) c’est le peu de différences entre les différentes civilisations. En réalité, la différence ne se fait que dans le choix du dirigeant. Le choix du pays ne change que quelques éléments mineurs (une unité spéciale et les technologies en votre possession au départ). Et même si le choix du dirigeant fait, lui, une différence elle ne reste pas appuyée au point de réellement changer la façon de développer votre empire.

Enfin dernier petit bémol : les bugs. Ils ne sont pas nombreux (ou alors ils se sont cachés) mais ils existent. Beaucoup d’entre eux sont mineurs (par exemple des textes corrompus), mais certains sont plus graves (charger une partie alors que vous êtes déjà en train de jouer ne vous fait pas changer de dirigeant !) et on se demande si le jeu est bien passé par la case du test de qualité vu la simplicité de repérage de certains.


                



La conclusion, starring Jean-Claude Dusse.

Ce nouvel opus de Civilization apporte donc un lot de nouveautés non négligeable. Même si les fondements du jeu restent les mêmes (et au fond, c’est bien heureux) ces nouveaux éléments du gameplay sont une raison suffisante pour s’offrir (ou bientôt se faire offrir) le jeu. Sauf évidemment si vous n’avez pas pu accrocher à Civilization 3, à ce moment là on ne peut toujours rien pour vous. En comparaison à son prédécesseur le jeu gagne en intérêt dans la stratégie globale, mais perd en micro-gestion. Globalement, les rouages du jeu ont été rendus plus clairs et vous aurez moins l’impression de diriger à l’aveuglette. Civilization 4, un jeu pour despotes éclairés.
Il faut encore que je précise qu’un patch est déjà sorti pour le jeu et que je n’ai pas pu le tester et réviser mon jugement avec.



ARRG.